Ne croyez pas qu'il s'agisse d'un excès de vantardise. Ce serait mal me connaitre. Ce texte est adressé aux rares personnes qui partagent cette passion des
oiseaux de montagne, ce feu sacré qui nous ronge dès que la montagne s'enflamme des ors de l'automne.
J'ai eu la chance unique de monter au coq avec ma mémère Pastelle le 23
octobre sur Montagny, la commune de mes ancêtres paternels. Après avoir pris ma carte chez le Président à 10h00, car c'était la première fois que je pouvais m'échapper, j'ai gagné les hauteurs du Parchi, où mes anciens
fanaient dans la période d'après guerre. La saison était bien avancée, et de nombreux nemrods locaux avaient parcourus les rhodos et myrtilles à la recherche de l'unique coq attribué pour les 80
chasseurs de cette
ACCA.
Au coq...
Suivant le train modéré de ma convalescente,
remise de sa rupture de ligament mais amoindrie suite à ses nombreux déboires (chutes, fracture du sternum, mammite et infections diverses), nous avons pu lever à son arrêt 4 à 5 poules, tandis qu'un splendide coq se défaussait à 80 mètres de moi, précédant mon arrivée d'une salutaire distance de sécurité. je l'ai regardé rejoindre la Lorge, patrie des gros bleus levés dans les travers du Bettex.
J'ai poursuivi ma
quête méthodique sous l'éclatant soleil d'octobre, tandis que la vallée était noyée d'un brouillard épais et collant. Arrivée au faîte de mon secteur, je croise et recroise un tènement très prisé de nos
tétras dans lequel Pastelle avait fait tirer à Walter un splendide coq (sans dommage pour lui d'ailleurs) : une 6ème poule démarre au bruit, et je gagne son point d'envol. A l'arrière d'un épicéa, un coq démarre au nez du
chien qui l'arrête à peine, pour virer sur l'aile en épousant le terrain : j'ai juste le temps de glisser mon premier coup, tandis que je veille au point
de sortie de mon second. Las, point de coq. Serait-il tombé ? Il est vrai que l'image enregistré en quelques dixièmes de seconde par mon cerveau vieillissant laisse entrevoir une "grimace" particulière. Je m'avance au point de disparition de l'oiseau, distant d'une vingtaine de mètres, pour constater la présence de plumes du plastron. Touché. Sans doute désailé. Ma mémère, qui n'en a pas loupé une miette, est déjà devant, dans l'attitude typique d'un Artois sur un pied de
lièvre. Patience... D'arrêts en coulés, elle m'emmène à angle droit, alors qu'une splendide
pente ouverte m'inciterait plutôt à descendre. "Tu gadouilles, ma vieille !"Je reviens sur mes pas, attiré par ma stupidité, pour repartir du point de chute, tandis que dans mon dos résonne les coups d'ailes caractéristiques d'un coq à l'envol... Course rapide dans la
pente pour me placer au plus bas, et espérer apercevoir la direction de fuite de mon
oiseau. Nouveaux coups d'ailes, et je ne vois rien dans ces fichus épicéas... Jusqu'à l'arrivée de Pastelle, un coquelet de l'année déjà bien maillé dans la gueule, juste désailé. Après avoir fait "ce qu'il faut faire" quand on blesse, je félicite ardemment ma belle, qui me sourit de toutes ces dents, tirant une panosse de langue à traîner par terre, pour me signifier qu'elle reste la championne et que le prochain coup, il faudra avoir confiance dans son nez (ce que j'ai fait sans faillir à Orelle, pour le malheur d'un gros bleu).
A la bartavelle...
Fort de ce succès après 2 heures de
chasse, j'enfile un rapide casse-croûte, je mitraille ma conquête et Pastelle de mon Nikon, et je repars à l'espère d'une bartavelle, car l'ACCA détient une unique attribution depuis quelques années, sans succès à ce jour. Je grimpe donc vers les sommets d'Armène, pour faire les crêtes qui bordent les arcosses. Nous avions levé 2 bartavelles avec Walter sur ce secteur, sans la chance de les retrouver lors de notre sortie avec Edmond. En bordure d'arcosses, silence du grelot. La chienne aura sans doute continué plus loin, et j'attends sans inquiétude son retour. Après quelques minutes, je me décide à avancer pour la retrouver, car j'ai besoin qu'elle me précède sur le travers où je compte m'engager : si les « barta » sont là, pas question de les tirer "à la ramasse". Les deux premiers mètres provoquent la relance de la cloche, qui se trouve en fait à 20 mètres de moi, et l'envol d'un
oiseau brun. Une poule ? Non,
bécasse...et coup d'épaule pour voir basculer l'oiseau dans les broussailles. Je pénètre la voute des branches, pour apercevoir Pastelle qui prend l'oiseau et me le rapporte impeccablement. Nouvelles embrassades et pose désinvolte de la chienne, qui contemple le coq et la
bécasse sur le sac à dos, face au Nikon qui crépite une fois de plus. Tiens, plus qu'une photo à prendre. Qu'est ce que je fais ? Je la garde, on verra bien, des fois que...
Mais baste, point de bartavelle dans le travers, juste une 7° poule qui s'envole de loin sans nous attendre. Changement de direction, et versant Sud pour aller vers les grandes "bassines" naturelles, créées par l'effondrement chimique du calcaire rongé par les eaux de pluie. Plus de rhodos, plus de myrtilles, mais de la pelouse rasée par le bétail de l'été. Je descends sans me presser vers la cave de Combelouve, antique chalet où les bergers transformaient le lait en beaufort jusque dans les années 80. Mon grand oncle en avait été responsable un temps donné. Juste avant la cave, grand chalet rectangulaire, un nouvel effondrement, dont je connais l'attractivité pour les bartavelles. Je passe à flanc gauche sur un chemin de vaches, tandis que Pastelle est plus bas sur ma droite. Nous surplombons la piste d'alpage.
Tiens ? Qu'est-ce qu'elle regarde avec tant d'attention vers le bas. Il est vrai que les marmottes sont nombreuses dans ce quartier plein Sud, mais au 23 octobre, elles sont rentrées depuis un moment. Par précaution, le Demas quitte ma main, pour se retrouver verrouillé en position d'attente : je contourne lentement par le flanc du cratère Pastelle qui n'a pas bougée, lorsque deux
oiseaux gris démarrent comme des obus, et plongent en direction de la sortie du cratère, contre la piste. Le
fusil est monté dans la trajectoire, et le coup de 6 stoppe le premier alors qu'il va franchir le verrou de terre. L'oiseau tombe sur le rebord du cratère, tandis qu'une dizaine de bombes grises démarrent dans un vrombissement à mettre la chair de poule de bonheur, pour disparaître par le même passage salvateur. Je regarde MA bartavelle qui roule doucement vers le fond du cratère, tandis que Pastelle, de son train de Sénateur, descend pour la chercher et le la ramener, en dérangeant un dernier
oiseau isolé que je souligne de mes
canons en guise d'adieu.
Carton plein.
Ces moments sont exceptionnels, ce qui explique la longueur de ma prose. J'avais déjà essayé par deux fois de réussir cet exploit, de tirer un coq et une « barta » dans la même journée, sans jamais y arriver. Pour le baroud d'honneur de Pastelle, c'est un instant que j'ai voulu immortaliser, qui ne se reproduira jamais avec elle, et peut-être pas pour moi non plus. J'espère que vous aurez la chance d'y parvenir.
Pascal