Samedi 13 novembre, 8 h 00 du matin, Ghislain et Sylvain sont au rendez-vous pour l’ultime partie de
chasse à la grise de la saison. A cause de la grande vulnérabilité des petites
perdrix hongroises en hiver dans la neige et du massacre que des fusillots sans scrupules pourraient effectuer, les autorités québécoises ont fixé depuis plusieurs années déjà, la fermeture au 15 novembre.
Dans les labours fumants…
Justement il est tombé quelques centimètres de neige pendant la nuit, additionnés au temps doux qui vacille sur le zéro et à l’absence de vent qui occasionne un brouillard laiteux, vous obtenez la condition la plus pourrie pour tirer quelques photographies de
chasse. Qu'à cela ne tienne, pour rien au monde je ne voudrais manquer la fermeture de la hongroise avec les copains. De toute manière, il y a toujours du soleil même quand le temps est gris. C’est que le soleil il est là, mais il est au-dessus des nuages alors… La
chasse à la
perdrix grise n’est pas une
chasse facile. Tant physiquement que moralement elle commande beaucoup d’efforts et de courage pour marcher, marcher et marcher encore sur des terres plates et vallonneuses, graisseuses de labour fumant qui à première vue semble tristement déserte de tout
gibier. Aujourd’hui nous avons une bonne équipe de
chiens d’arrêt composée de deux pointers, du nouveau venu ``Bill``, le setter irlandais de Sylvain et de mon couple de setters anglais. Nous pourrons ainsi former plusieurs combinaisons pour chasser les vastes étendues marron à 2 ou 3
chiens simultanément.
Les clés du succès
La traque du gris en novembre a ceci de particulier comparativement à celle de septembre et octobre, que les champs de maïs sont tous coupés, broyés et même labourés. Tôt le matin et le soir, les grises adorent fréquenter les chaumes de maïs pour se nourrir des reliefs de la moisson. Les pigeons, les tourterelles et des
canards participent également au festin. La stratégie consiste à dénicher la
compagnie, qu’elle soit arrêtée par les
chiens ou levée par le
chasseur c’est ici l’étape la plus importante. Idéalement, le
chien prend un arrêt, les
chasseurs font lever les
perdrix et réussissent à garder une ou deux pièces et ça, c’est magique. Il arrive souvent que le
chien ou le
chasseur se tape dans les
oiseaux sans avoir l’occasion de tirer. Il s’agit ici de suivre le vol des
perdreaux et de marquer leur
remise. Les grises ne volent pas loin, 500 ou 600 pieds et se réfugient dans des structures. Une haie, une clôture, une frange d’arbres ou un îlot de fardoches dans la plaine constitue un bon abri. A l’époque où les maïs sont encore debout, les
perdrix en fuite s’y engouffrent et il devient difficile voir impossible de les déloger de cet excellent couvert de protection. Vous saisissez alors qu’en novembre la
clé du succès à ce sport ce sont simplement de bons yeux, des cuisses et des mollets d’acier voilà tout. Quand en plus on a la bonne fortune de posséder de bons
chiens d’arrêt, alors là le plaisir est assuré. Toutes les races de
chiens d’arrêt font bonne figure à la hongroise à la condition de posséder un arrêt ferme. Un
chien qui prend un arrêt et qui tente d’avancer un peu ``juste pour voir`` risque finalement que la
compagnie lui éclate au bout du nez empêchant le
chasseur de tirer. Rappelez-vous que les occasions sont rares, il ne faut pas les rater.
Exploit de « Briac »
Bref cette dernière partie de
chasse à la hongroise fut couronnée de succès. Malgré la grisaille du treizième jour du mois des morts, la chance était au rendez-vous. Nous avons levé 5
compagnies différentes pour un total de 8 éclatements en calculant les
remises. Au tableau : 5 belles
perdrix grises grassouillettes et délicieuses pour 3
chasseurs comblés. Le plus beau moment fut sans doute l’arrêt claquant du
pointer, qu’il s’en alla prendre à 200 mètres au milieu d’un labour nu comme la main. Plus je me rapprochais du
chien et plus je me disais que c’était impossible, qu’il n’y avait pas de cachette, même pas pour un moineau, et pourtant elles y étaient. Six ou sept
perdrix je ne sais plus, que ``Briac`` bloquait magistralement ont soudainement éclaté comme un feu d’artifices, quel spectacle ! Quelle belle journée nous passons, simplement en chassant la grise.
Rémi Ouellet