Le
tir de
chasse au
fusil et plus particulièrement le "tir instinctif" ou au "jugé" ou encore au "jeté" exigent une très grande précision gestuelle, toujours identique. De plus, il est admis par les spécialistes et les grands tireurs que c'est le regard et le mental qui sont primordiaux dans la réussite au
tir.
Autrement dit, il faut oublier le
fusil, le dominer, certains disent même "Que le
fusil ne compte pas".
Béjot, grand tireur disait:"L'on vise avec le cerveau".
Bien evidemment, ils ne veulent pas exprimer par ce paradoxe que le
fusil n'a pas d'importance, bien au contraire.
En effet, pour pouvoir oublier ainsi le
fusil, il faut que ce dernier ait été auparavant totalement mis aux mesures exactes et précises du tireur, adapté à sa morphologie et à sa manière d'épauler. Cela s'appelle la
"mise à conformité". Cette liberté de tirer sans se préoccuper du
fusil commence donc par la contrainte de la mise aux mesures du tireur.
L’avantage ou devers
L’image qui se forme sur la rétine de l’œil directeur assure la visée en direction. Celle qui se forme sur la rétine de l’autre œil assure la visée en hauteur.
Le but de l’avantage appelé aussi devers est justement d’amener le prolongement de la bande de visée des
canons dans la verticale de l’œil directeur sans qu’il soit nécessaire de modifier la position de la tête. Il faut en moyenne, suivant les tireurs et leur morphologie, de 8 à 16 mm d’avantage. Mais il sert également à rapprocher les
canons de l’autre œil (non directeur) qui ainsi pourra mieux les voir. En résumé, l’avantage est la modification horizontale de la crosse par torsion latérale en vue d’aligner les
canons très exactement avec l’œil directeur. La torsion de la crosse qui constitue l’avantage rattrape ainsi la distance entre le point d’épaulement et la position de l’œil directeur.
La pente
Dans le
tir les deux yeux ouverts, le
chasseur ne doit pas avoir besoin de regarder le
fusil, plus exactement les
canons. Il doit, dés que son regard fixe le
gibier à abattre, trouver les
canons, en entier si possible ou au moins les 2/3, dans son champ visuel, par le fait même de l’arrivée de l’arme à l’épaule. En réalité, on ne voit pas le
fusil. Il faut bien comprendre par là qu’on ne le regarde pas, que toute l’attention est concentrée sur la cible, mais que l’image du
fusil (des
canons) s’imprègne tout de même sur la rétine par le fait qu’il est bien dans le champ visuel. Voir sans voir pourrait on dire !
L’expérience montre ceci : Pour que deux objets puissent être perçus simultanément par l’œil, sans que celui – ci ait de mouvement à faire, il ne faut pas que leur distance angulaire soit supérieure de 19°. Géométriquement, cette angulation correspond à un
fusil dont la crosse ferait 36 cm de longueur, à une
pente de 4 à 6 cm selon la conformation du tireur. Si la
pente est trop faible, le
chasseur sera obligé de baisser la tête pour percevoir la bande de visée des
canons et si elle est trop forte, le plan des
canons, trop rapproché de l’œil, gênera la vision.
La
pente joue un rôle extrêmement important dans les ratages sur des
oiseaux à envol vertical comme la
bécasse qui monte en chandelle par exemple. Une crosse trop pentée fera tirer trop bas, une crosse insuffisamment pentée fera tirer trop haut.
Pour résumer, la
pente est le rattrapage vertical par torsion de la crosse de la distance entre l’œil directeur et le point d’épaulement, ce qui correspond à la longueur du cou du tireur majorée par celle de la joue et du haut de l’épaule.
La longueur de crosse
Il s’agit de la mesure la plus évidente et la plus connue du
chasseur. Elle se mesure du centre de l’index à la saignée du bras, en tenant légèrement compte de l’épaisseur éventuelle des vêtements utilisés pour la
chasse. En montant le
fusil à l’épaule, ni le
bec, ni le
talon ne doivent accrocher, la crosse doit se positionner avec aisance. Pour des personnes de forte corpulence, aux épaules bien enveloppées, il sera utile de raccourcir le
bec de crosse.
L’équilibre du fusil
Il dépend de la position du centre de gravité, point de portage exact des poids de l’avant et de l’arrière du
fusil, mais il faut également considérer la position des mains sur l’avant et sur l’arrière. Si le tireur tient l’avant du
fusil sur l’extrémité de la
longuesse et l’arrière juste au contact du
pontet, en prenant le milieu entre les deux mains, on obtiendra le point idéal d’équilibre qui devra correspondre avec le point réel de portage des poids, en général ce point tombe à 4 cm à 4,5 cm en avant de la
bascule ou arrière des
canons. Cela dépendra de la position des mains du tireur et de ses habitudes. Il faut simplement savoir qu’un centre de gravité trop en avant fait piquer les
canons et tirer trop bas. A l’inverse, un centre de gravité trop en arrière fera monter plus facilement les
canons et tirer haut.
L’épaulement
Il s’agit d’un geste et d’une position qui doivent être toujours identique, quelles que soient les circonstances. En conséquence, le
chasseur devra s’entraîner devant une glace afin de repérer les défauts.
Talon, bec et centre de la crosse joueront un rôle déterminant. Un
bec trop accentué ou trop long peut faire
relever les
canons. Un
talon trop long les fera baisser. Le
busc doit se loger au creux de la joue sous la pommette toujours identiquement. Il faut donc une homogénéité entre les trois points de fond de crosse, de même pour le
busc. Le calage au creux de l’épaule peut se faire de façon vrillée et le
chasseur aura alors un positionnement légèrement oblique des
canons et par conséquent des gerbes désaxées.
En conséquence de tout ce qui précède, il est absolument nécessaire d’avoir une arme à ses mesures et pour cela de la faire mettre à conformité par un armurier équipé pour cela (stand de
tir –
fusil conformateur ou laser – matériel de torsion du
bois à l’huile chaude etc.).
Reste la technique de
tir proprement dite et c’est un tout autre problème.