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A la recherche du gibier blessé
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Quel est le
chasseur qui n’a jamais blessé un animal ? Cela nous est arrivé à tous… même aux meilleurs tireurs.
Rechercher tout grand
gibier blessé, ou supposé blessé est une exigence morale absolue du
chasseur voulant garder bonne conscience ; la recherche ne peut être dissociée de l'acte de
chasse. Ne pas vérifier est un manque d’éthique, un gâchis de venaison et beaucoup de souffrance pour l’animal blessé. Dans la statistique : en
battue, le
gibier blessé représente 20 % du tableau, en
chasse individuelle, sur six animaux tirés, deux sont blessés.
Rendez-vous au bout de la longe
Durant quelques sorties, j’ai suivi Bertrand, conducteur de camion la nuit…, conducteur de « Sultan » le jour ! Inutile de présenter ce duo « conducteur —
chien de rouge de Bavière » parfaitement rôdé et largement connu et reconnu.
Il est cinq heures. Je viens de tirer une bête rousse parmi quatre. Voyant fuir les quatre animaux dans les ronciers alentour, je vérifie l’Anschuss (endroit précis de l’impact). Aucun indice de blessure sur ce champ de maïs fraîchement ensemencé. J’ai le réflexe
UNUCR pour faire contrôler mon
tir. Rendez-vous est pris. Pendant que je raconte à Bertrand ce qui précède, celui-ci est appelé par téléphone par un
chasseur du lot voisin qui, lui aussi, demande un contrôle de
tir.
À huit heures, nous sommes sur le lieu de ma recherche. Sultan est équipé de son collier émetteur et de sa longe. Mis à l’ablegen (posé), ce dernier regarde impatient, son maître examiner minutieusement l’Anschuss. Sur le départ, le
chien fait quelques tours et prend la voie pour rentrer là où les
sangliers ont regagné le couvert. Après avoir crapahuté durant une heure dans ce maquis, nous levons ces quatre
sangliers, baugés près d’un fossé en eau… tous en pleine forme.
– Aucun n’est blessé — me dit Bertrand en s’épongeant le front. Un peu frustré et envahi d’interrogations, je lui réponds
— tant mieux, je pourrai le tirer une seconde fois ! —.
— Vite, il fait chaud et le voisin nous attend —. Nouveau départ, sur une jachère en bordure de forêt. Comme tout à l’heure, Sultan, la truffe collée à la voie, respire le sentiment laissé par l’animal en fuite. Dans ce perchis ombragé, c’est presque une promenade. Aucun indice de blessure dans la direction de fuite. Là aussi, le
sanglier n’est qu’effarouché ! Il est presque midi. Contents du devoir accompli, nous nous séparons dans l’attente d’un prochain rendez-vous.
Dans la même semaine, vers minuit, à l’affût sur un mirador, mon portable vibre dans ma poche.
– Je te téléphone du camion, sous une pluie battante, de Versailles : demain matin, rendez-vous à la salle des fêtes à huit heures —. D’abondantes averses orageuses se sont succédé durant la nuit. Au rendez-vous du lendemain matin, le tireur aussitôt nous emmène sur l’Anschuss, accompagné de son garde-chasse. Au vu des indices, os plat + dent, c’est une
balle de mâchoire. C’était un gros Keiler
(sanglier mâle
solitaire) précise le
chasseur. Effectivement, d’impressionnantes marques de
défenses toutes fraîches sont
laissées à bonne hauteur sur un frottoir. La tension monte d’un cran. Bertrand lâche quelques jurons en regardant son boîtier de repérage resté sous tension depuis la dernière poursuite, les piles sont vides. La recherche au sang démarre derrière Sultan. À chaque arbrisseau, c’est la douche gratos ! Les averses de la nuit n’ont laissé que d’infimes traces de sang. Sultan tire sur sa longe, nous montrant qu’il est sur la voie. Débouchant sur un layon bordant une grande parcelle épaisse et fourrée, Bertrand décide de lâcher le
chien. Le garde-chasse, entre-temps, est parti acheter des piles dans le village voisin. Chacun dans une autre direction, nous essayons de percevoir les aboiements de Sultan. Il est localisé au loin, mais le ferme est « roulant ». Bertrand ne peut plus cacher son inquiétude. Nous avons déjà traversé une route à grande circulation, puis un canal et sommes dans le lot du voisin. A-t-on le droit de suite sur un animal blessé à la
chasse ? Oui, le
chasseur qui blesse mortellement un animal peut le récupérer même sur le territoire voisin, car il en est devenu le propriétaire par l'acte de
chasse. Toutefois, pour récupérer l'animal, il doit solliciter l'autorisation de l’adjudicataire voisin. Dans l’intervalle, le garde-chasse est revenu avec des piles neuves. Le boîtier permet maintenant de nous rapprocher de Sultan qui depuis une bonne heure est resté silencieux ? Angoissé, Bertrand appelle et siffle inlassablement son chien… lequel, exténué, ne revient que peu avant midi. Ouf ! Quel soulagement, que de câlins. Nous arrêtons là notre recherche, trop contents de retrouver un
chien intact, néanmoins très frustrés de laisser en forêt un animal qui va affreusement souffrir, éventuellement devenir dangereux et sans doute mourir de faim s’il n’est pas tiré rapidement.
Sur l’Ile du Rhin (réserve fédérale de
chasse), j’ai accompagné d’autres tandems tout aussi célèbres et dévoués, ayant eu un heureux succès pour leur recherche aboutie, non sans efforts, dans cette difficile jungle rhénane. Les citer ici est un vibrant hommage à leur ardeur et leur passion. Une grande reconnaissance à Claude, Christophe et son papa, Franck, sans oublier leurs fidèles compagnons partageant leurs brisées, ainsi qu’à la délégation départementale (68) de l’UNUCR.
Clément Kunegel
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