Bien qu’observée depuis la nuit des temps, la migration demeure un mystère à bien des égards… nous sommes tout de même loin de cette croyance originelle de la « génération spontanée » d’oiseaux nés de la terre tout à coup à périodes fixes…
Mais il est difficile d’établir l’origine profonde du phénomène. Nous pensons que lors de changements d’ères extrêmement anciens, cette nécessité de déplacements pour la survie de certaines espèces a été provoquée par des bouleversements géologiques et climatiques. Il n’est pas impossible alors que ce qui était une seule zone favorable se soit séparée en deux parties éloignées, obligeant de ce fait à un va et vient permanent et cyclique des espèces. Ceci n’est bien entendu qu’une simple hypothèse.
Particularités individuelles du phénomène migratoire
La notion
d’horloge interne est communément admise pour expliquer le déclenchement des mouvements migratoires. En fait cette « horloge interne » est une programmation génétique qui se transmet de générations en générations. Elle détermine un rythme périodique proche d’une année que l’on nomme « rythme circannuel » et déclenche la pulsion de départ qui peut être cependant avancé ou retardé en fonction de la longueur des jours et des nuits, là où se trouve l’oiseau, et que l’on nomme « photopériode ». C’est la longueur, le dosage de la luminosité offerte par le soleil sous une latitude donnée qui va enclencher le phénomène. En conséquence, les départs seront adaptés au climat du pays de positionnement de l’oiseau.
Le
plumage, équipement essentiel pour l’efficacité et l’économie énergétique des vols est aussi remplacé avant les départs et suit également une programmation génétique adaptée.
La notion de
plan de vol est également évoquée pour expliquer comment les jeunes totalement néophytes, n’ayant aucune connaissance des trajets et de la topographie peuvent se diriger de façon sûre et fiable vers des zones d’hivernage appropriées. En fait, dans ce domaine également, la
programmation génétique de l’espèce imprimée en chaque individu lui permet d’opter pour une direction à suivre selon des durées de vols adéquates.
Une préparation physiologique s’opère pour donner à l’individu
migrateur tous les atouts nécessaires à la réussite de son voyage. Ainsi, l'
adiposité, les réserves de graisses qui fournissent l’énergie nécessaire à la continuité du vol, sont accumulées avant le départ.
Le kit équipement que constituent le plumage et l'
adiposité conditionnent la réussite du voyage et même servent de critères d’alerte sécuritaire pour certains
oiseaux. On sait par exemple que l’épuisement des réserves graisseuses stoppe le programme migratoire qui ne se remet à fonctionner que lorsque les
oiseaux se seront refaits une santé…
La morphologie joue également un rôle important, puisque il a été prouvé que la longueur des ailes, qui déterminent la surface portante, était correspondante à la distance des vols. Plus un individu présente une morphologie facilitatrice du vol, plus la distance de migration sera longue. C’est aussi pour cela que les
bécasses autochtones françaises, qui opèrent des mouvements très courts, présentent une morphologie particulière dite « tête de hibou ». Ces
oiseaux sont plus compacts, moins adaptés à de longs parcours.
Facteurs d’influence extérieurs
L’influence de
la température semble déterminante. Cependant, il a été observé que le mouvement migratoire se poursuivait quelle que soit la température, une fois qu’il avait été enclenché. En fait, seule des chutes importantes en degrés, des phénomènes climatiques violents ou soudains contribuent à initier le phénomène. Dans le même ordre d’idée, on a maintes fois observé que les
oiseaux anticipent ces accidents climatiques. Combien de fois avons-nous pu observer sur le terrain la disparition des
oiseaux, du jour au lendemain et constaté un gros coup de froid les jours suivants…
Une certitude cependant, les influences climatiques modifient considérablement le parcours.
Le vent est certainement le facteur le plus influent car il peut être l’adjoint comme l’opposant au vol migratoire. Les
oiseaux subissent des dérives importantes par vents violents et parviennent à compenser en corrigeant leur trajectoire. Mais il arrive cependant des accidents graves, dont l’issue est souvent fatale, quand les
oiseaux ne parviennent pas à compenser et s’épuisent. C’est surtout le cas essentiellement en mer où le
migrateur n’a pas la ressource d’une pose inopinée pour refaire ses forces. L’immensité aqueuse l’oblige à continuer et nombre d’entre eux finissent noyés.
La couverture nuageuse et le brouillard intense provoquent des poses imprévues. C’est pour cela que souvent, le bécassier cherchera avec bonheur les
oiseaux en limite de nuages ou de brouillard, essentiellement sur les tènements de montagne. Dans ces circonstances exceptionnelles, le
chasseur trouvera les
oiseaux sur une même courbe de niveau, une même ligne, le plus souvent en bordure de piste ou encore rassemblés aux abords d’un col…Il est clairement démontré que le ciel dégagé favorise les déplacements nocturnes. Le bécassier sait qu’il retrouvera très certainement les
oiseaux levés le lendemain si la couverture nuageuse et le brouillard sont persistants.
Mystères de la Navigation
De nombreuses expériences et maintes observations ont été effectuées sur des
oiseaux, pour essayer de percer le secret de leur mode de navigation, précis, immuable, fiable et sans instrument… Comment une
bécasse peut elle s’orienter de façon aussi sûre, au point de rejoindre les mêmes tènements que la saison précédente, parfois au mètre prés…
Plus étonnant encore, comment y parviennent les jeunes
bécasses qui elles n’ont jamais accompli ce voyage auparavant ? Déjà, le constat que les
oiseaux migrent de préférence par temps clair nocturne nous donne une indication précieuse. Une deuxième observation conforte la première : les tombées de
bécasses se produisent en plus grand nombre par lune montante, jusqu’à la pleine lune. Ceci pourrait indiquer soit que l’astre lui – même exercerait une influence pulsionnelle du même type que celle qu’il produit sur les marées, soit que plus prosaïquement, les
bécasses choisiraient de profiter au maximum de la luminosité dispensée par l’astre de la nuit.
Il n’existe aucune preuve scientifique venant étayer ces hypothèses, elle est même catégoriquement contestée par certains. Mais l’observation de terrain de nombreux bécassiers va cependant dans ce sens…
Navigation aux étoiles
Il apparaît probable, voire prouvé que la plupart des
oiseaux migrateurs utilisent les astres pour naviguer et déterminer avec précision leur trajet comme leurs étapes. La topographie mémorisée ne suffit pas à expliquer la précision des vols migratoires. En effet, lorsque les
oiseaux ont une mer entière à traverser, il n’y a aucun élément topographique susceptible de leur fournir des informations et des repères. Par conséquent, on est obligé d’admettre qu’ils se servent de la position des étoiles et des astres dans le ciel, toujours identiques à la même époque de l’année. Cette hypothèse a été d’ailleurs prouvée pour les étourneaux et il n’y a aucune raison pour que cela diffère avec les
bécasses, bécassines et autres
oiseaux migrateurs. Ceci expliquerait pourquoi les
oiseaux se perdraient par temps couvert subit et viendraient errer autour des seuls points lumineux restant visibles que sont phares et lampadaires des villes…Mais ce sont des cas isolés et il a été constaté que les voies migratoires n’ont pas été vraiment modifiées par la naissance et la croissance des villes.
[extraits d'un article de Jean - Pierre Denuc- 2008]