Corneilles noires, corbeaux freux et pies bavardes prolifèrent.
Halte aux freux !
Maître corbeau sur son arbre perché… Dans cette fable écrite au XVIIe siècle, le corbeau se fait rouler par un renard plus intelligent que lui. À la lumière de tout ce que l’on sait aujourd’hui sur eux, ne faudrait-il pas réécrire la fable de La Fontaine, pour rendre justice aux corbeaux, tellement ils sont intelligents et difficiles à chasser ?
La pie bavarde et la corneille noire sont deux espèces en pleine expansion. Lâchés de
gibier, absence de couverts, démotivation de certains gardes-chasse sont autant d’éléments favorisant leur développement. La prédation effectuée sur le petit
gibier de plaine par les corvidés peut réduire à néant les efforts des gestionnaires. Il est nécessaire d’en limiter l’impact, par tous les moyens que donne la réglementation actuelle.
Sur les différentes espèces de corvidés vivant sur le territoire, ces deux posent réellement problème, tant les proies opérées sur l’ensemble de la petite faune ailée peuvent être importantes. La prédation sur les œufs et les oisillons est impressionnante. Réguler ces prédateurs peut très vite s’avérer payant sur les populations de faisans, de
canards et même de
lièvres, car ils ne dédaignent ni les œufs ni les oisillons, ni même les levrauts. Il faut donc engager une lutte quotidienne et parfaitement ciblée contre ces prédateurs ailés, soit sous forme de destruction des nids, soit de
tir, soit de piégeage, soit d’emploi de toxiques, les quatre méthodes étant complémentaires. Les mauvaises langues diront que certains « porteurs de maïs » ne s’en soucient guère. Fin mars, j’ai observé trois corneilles, au bord d’un canal, vider un nid de ses œufs, sous le regard impuissant du couple de
colverts.
Les corbeaux et l'agriculture
Les corvidés sont des
oiseaux intelligents et observateurs s'adaptant facilement, cherchant leur nourriture dans les terres cultivées ouvertes ; les milieux agricoles se plaignent souvent de dégâts dus aux corvidés, notamment sur des communes à maïsiculture. Les céréales de printemps et les grains de maïs fraîchement semés font partie du menu, que les corneilles noires et les
corbeaux freux apprécient ; il s’agit d’offensive sur des semis ou des ressemés de maïs entre le stade levé et trois feuilles. Ils sont à l’origine de dégâts en déterrant les plantules à la recherche de la graine en suivant les lignes du semoir. L'ampleur des dommages dépend du temps nécessaire aux semences pour germer, et aux pousses pour dépasser la hauteur critique de 10 à 15 cm. Des dommages significatifs ont été constatés sur une culture de fraises en plein champ, où les
oiseaux entamaient d’un coup de
bec les fruits mûrs, qui pourrissaient sur pied, car plus aucun client ne les cueillait. Les dégâts sont très variables suivant les secteurs, ils sont plus importants sur les secteurs à proximité d’arbres élevés qui constituent les dortoirs (corbeautières) et les nurseries (présence des oisillons dans le nid qui oblige les adultes à rechercher une grande quantité de nourriture). Omnivores, il ne faut pas oublier qu’ils agissent aussi comme éboueurs biologiques, assumant une fonction écologique importante en mangeant les charognes, les escargots et les souris. Les
corbeaux n’hésitent pas à risquer leur vie pour manger un cadavre sur une route ; très rares sont ceux qui se font happer !
Les corbeaux et les citadins
Les
corbeaux posent problème à proximité des lieux d’habitation. Ils n’ont jamais eu d’excellents rapports avec les hommes, qui les ont toujours délogés, chassés, piégés, et il y a quelques années encore, empoisonnés. Ces squatteurs ont une réputation aussi noire que leur plumage, jusqu’à l’œil, le
bec et les ongles. Leur goût prononcé pour les couvées de passereaux n’a jamais été apprécié. Pourtant, malgré leur classement comme nuisible, ils se portent à merveille grâce à leur opportunisme alimentaire et leur méfiance extrême et justifiée. Que faire contre ces envahisseurs qui croassent et jacassent dès l’aube, souillent allègrement les environs où sont établis les dortoirs. Sans parler de la désinvolture des corvidés, de leurs intempestives déjections corrosives sur les carrosseries des voitures, sur nos terrasses, et même sur le linge étendu dehors... Pour lutter contre de tels désagréments, des municipalités ont essayé plusieurs stratégies et avouent qu’il n’y a pas de recette miracle : effarouchement optique (épouvantail classique, corneille tirée et suspendue, rayon laser), effarouchement acoustique (bande sonore de cris de détresse, détonation de pétard) mal toléré par les riverains, force est d’avouer qu’il n’y a pas de recette miracle. Tous ces moyens de lutte n’ont que très peu d’efficacité, une durée très limitée – parfois pas au-delà de deux jours – voire aucun effet. Pour sa part, l’élagage hivernal des grands arbres est une alternative pour combattre le fléau. Là encore, son efficacité est relative. Le démontage des nids par les jardiniers municipaux ou par « les soldats du freux » ne fait que déplacer le problème. La lutte la plus efficace est la pose de nasses à corvidés (volières pièges) soumise à une déclaration de piégeage en mairie et à l’autorisation du propriétaire du terrain, l’agrément de piégeur n’étant pas exigé pour la capture d’animaux vivants.
Utiliser des nasses
Les
becs droits (pie bavarde,
corbeau freux et corneille noire) sont incontestablement des « destructeurs » classés soit
gibier, soit nuisible, soit les deux dans certaines communes. Le
corbeau freux est protégé dès 600 m d’altitude. Cela signifie qu’on peut les débusquer soit durant la période de
chasse, soit pendant une période dite de destruction avec une autorisation délivrée par l’administration préfectorale, soit toute l’année par les gardes-chasse assermentés. Rappelons que la
chasse au grand-duc artificiel est autorisée. Le
tir au nid des corvidés est interdit par la loi, car leur habitation est fréquemment utilisée par des faucons ou des hiboux, qui risqueraient d’être les victimes d’une bavure. Pour les réguler efficacement, la nasse à corvidés est primordiale ; il faut veiller à ce que quelques grands arbres soient à proximité (peupliers), car les
corbeaux se percheront toujours pour observer les environs avant de se décider à descendre dans la cage. Une nasse bien placée sera prenante toute l'année. Deux ou trois appelants (pie ou
corbeau vivant) suffisent. Il est facile de s'en procurer auprès de piégeurs agréés qui ont déjà des cages opérationnelles. Vos appelants (corneilles,
corbeaux freux ou pies) pourront être bagués pour ne pas les confondre avec leurs congénères à réguler. Dès que plusieurs
oiseaux sont pris, après l’obligatoire visite matinale de tous les jours, le piégeur aura soin de les enlever, une fois la nuit tombée, avec une épuisette. Sans cette précaution, si leurs congénères à la vue perçante s'aperçoivent de la manœuvre, plus aucune prise ne se fera plus. Les prises seront euthanasiées, loin des prises en place. Les appelants devront toujours avoir à leur disposition, nourriture et eau. Comme appâts, les pommes de terre cuites sont recommandées. Il est utile d'incorporer dans le dispositif, une boîte à fauves ou une chatière pour capturer les « puants », qui ne manqueront pas de s'intéresser à la nourriture ou aux appelants. La nasse à corvidés fixe est plus adaptée pour la capture des
corbeaux. La cage à pie transportable donne d'excellents résultats sur les jacasseuses, qui sont moins sociables et ne supportent pas d'intrus sur leur territoire. D’autres intrus ne se gêneront pas pour vandaliser vos installations « d’affreux » au nom du bien-être animal et de la protection des
oiseaux !
Clément KUNEGEL